Dans le cadre d'une nouvelle série que j'inaugure sur mon site web, consacrée à l'architecture municipale et tirée de mes recherches dans les fonds d'architectes des quatre départements bretons, je vous propose de découvrir une mairie tout-à-fait originale, celle de Ploudalmézeau. Le plan a été dressé en 1817 par l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées Callins, sur la demande du ministère de l'Intérieur et en concertation avec les maires des communes concernées. Les plans et devis sont conservés aux Archives départementales du Finistère, série O.
| Ploudalmézeau, projet de mairie-maison de police, 1817 |
Devis et conditions des ouvrages
"[…] de maçonnerie, charpenterie, menuiserie, serrure, gros fer, peinture et vitrerie qu'il convient de faire pour la construction d'une maison de police municipale pour la commune et le canton de Ploudalmézeau, sur l’emplacement de plusieurs maisons et écurie qui se trouvent en très mauvais état, et qui appartiennent à M. Kerastoux, situées sur la place du dit bourg ; cet emplacement a été désigné par Monsieur le Maire de la commune pour remplacer celui qui avait été choisi primitivement, attendu qu’il se trouve plus concentré et par cela même à proximité des autorités chargés de la surveillance.""Le bourg de Ploudalmézeau a de fortes foires et marchés, chef-lieu de douze communes où se trouvent plusieurs petits ports de mer, n’a ni mairie ni prison et est exposé par sa situation à recevoir sans cesse des étrangers et même des malveillants (sic) attirés par la navigation ; cependant ce bourg n’a jusqu’ici pour recevoir les prisonniers qu’une crèche (sic) en attendant que la gendarmerie de Saint-Renan viennent les prendre pour les conduire à Brest. Ces considérations ont fait sentir la nécessité de construire en cet endroit une maison de police municipale, dont le premier étage pourrait servir de mairie, ce qui épargnera une allocation de 60 francs par an, que la commune est obligée de payer pour deux mauvais appartemens (sic) où Monsieur le Maire tient ses séances […]." Le projet est arrêté le 15 octobre 1817, pour la somme de 16 775,52 francs.
Restée à l'état de plan, la mairie-maison de police municipale de Ploudalmézeau fait partie intégrante d'un vaste programme d'équipement communal entrepris sous la Restauration, pour maintenir l'ordre et la paix civile dans un département qui avait été fortement marqué par les troubles publics pendant la Révolution et le début de l'Empire. J'ai trouvé des plans et des devis de construction similaires pour les communes de Bannalec, Crozon, Le Faou, Huelgoat, Lanmeur, Lannilis, Ouessant, Pleyben, Le Ponthou, Rosporden, Saint-Pol-de-Léon, Saint-Renan et Scaer. La particularité de ces projets consiste en ce qu'ils concernent avant-tout des prisons construites au chef-lieu de canton, la mairie n'étant logée que dans une chambre laissée vacante pour le service municipal, lorsque le maire en faisait la demande. Ce programme témoigne de l'effort de rationalisation administrative entrepris depuis les réformes territoriales de 1789, mais aussi de la manière dont les architectes ont tenté d'adapter les modèles aux besoins locaux. On retrouve du reste Callins à Loudéac en 1810, dans le département voisin des Côtes-du-Nord, pour le projet de palais de justice et de prison (non-réalisé). Quoique moins imposante, l'ordonnance générale très classique de la façade principale rappelle les réalisations de Pontivy-Napoléonville ; le chantier est marqué par l'intervention éminente des ingénieurs, dont le premier d'entre eux, Gaspard Chabrol de Volvic, nommé sous-préfet de Pontivy en 1803, préside aux aménagements de la ville naissante.
A bien des égards, cet exemple unique en Bretagne d'une typologie rustique associant prison et service municipal démontre la volonté de la Restauration de poursuivre l’œuvre impériale dans l'affirmation de l'image du pouvoir. Ce que l'on doit toutefois en retenir, c'est que ces bâtiments n'ont pas pour vocation première de servir l'administration locale, mais bien au contraire de soutenir l'appareil carcéral alors fortement mis à mal par l'insuffisance des prisons départementales. Logées tant bien que mal dans les bâtiments conventuels dont la structure n'a pas été prévue à cet usage, ébranlées par le manque d'entretien et de moyens pendant près de dix ans de troubles civils et administratifs, les prisons sont loin de garantir un état de salubrité et de sûreté qu'en attendent les autorités judiciaires. En soutenant la construction de prisons cantonales, le gouvernement tente de désengorger les grands centres de détention. La mairie, qui ne se résume finalement qu'à une simple chambre, n'y a qu'un rôle accessoire. On peut même se demander si, finalement, cette association n'est pas le résultat d'une forme d'opportunisme des élites locales, le projet gouvernemental présentant l'intérêt d'équiper leur commune sans bourse délier.
Le peu de sources relatives à ces projets d'aménagement ne permet pas de tirer de conclusion sur cet aspect fort peu connu de l'architecture civile, directement tirée des modèles dessinés par les architectes de la fin des Lumières (Boullée, Ledoux, Durand...). Mais ces archives gardent les traces d'une volonté forte ayant abouti, des palais des princes aux maisons communes finistériennes, à une production originale et diversifiée de la philosophie du pouvoir.
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| Loudéac, projet de tribunal, 1810 |
Le peu de sources relatives à ces projets d'aménagement ne permet pas de tirer de conclusion sur cet aspect fort peu connu de l'architecture civile, directement tirée des modèles dessinés par les architectes de la fin des Lumières (Boullée, Ledoux, Durand...). Mais ces archives gardent les traces d'une volonté forte ayant abouti, des palais des princes aux maisons communes finistériennes, à une production originale et diversifiée de la philosophie du pouvoir.


