jeudi 5 janvier 2012

Le rocher de la discorde. Architecture et lieux de pouvoirs à Saint-Malo, XIXe-XXe siècles

C'est avec un peu de retard que je vous annonce la sortie du tome LXXXIX des Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, dans lequel sont publiés les articles des conférences données lors du congrès annuel de la société de 2011, à Saint-Malo. Vous y trouverez ainsi mon article qui détaille, depuis l'installation de la municipalité à l'"hostel Saint-Jean" au XVIIe siècle jusqu'à la reconstruction de Louis Arretche, le contexte historique et architectural des principales constructions publiques ayant marqué la physionomie si caractéristique de la cité corsaire. Les solutions apportées en termes d'aménagements urbains, de constructions publiques et de réflexion sur l'impact du bâti dans le maillage étroit de la ville, en font un véritable laboratoire d'expérimentation. De telle sorte que l'histoire des bâtiments de pouvoir, passés et présents, façonnent l'image du Saint-Malo contemporain.

BOUJU P., "Le rocher de la discorde : architecture et lieux de pouvoirs à Saint-Malo, XIXe-XXe siècles", actes du congrès de Saint-Malo, Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, tome LXXXIX, p.141-168.

Extrait : "En dépit des faibles possibilités d’extension de la ville sur la mer, la population de Saint-Malo ne cesse de croître : de 9 000 habitants environ en 1800, sa population se stabilise à 12 000 habitants à la fin du Second Empire. Deuxième port breton après Lorient, la rade donne lieu à un mouvement annuel moyen de 2 800 navires, jaugeant ensemble 152 500 tonneaux (1855-1859) ; avec Saint-Servan, la seule année 1859 a enregistré 3 223 bâtiments, jaugeant ensemble 210 737 tonneaux. Du reste, la ville est le chef-lieu d’un arrondissement de 130 000 habitants, place administrative, consulaire, militaire et, timidement encore, balnéaire."

"Pour loger son monde, la ville doit fournir «des bureaux pour ces administrations, des appartements pour ces fonctionnaires, des entrepôts pour le commerce, des classes convenables pour les cours publics, pour les collèges et les écoles de divers degrés, des logements pour les troupes, des magasins, halles, marchés, théâtres, lieux de réunion pour la population fixe et flottante. Tout cela existe, il est vrai, mais dans un état rudimentaire et insuffisant, parce que la place fait défaut». Pour elle toutefois, il n’est pas question de sortir de l’enceinte : l’enjeu relatif à l’accroissement de la ville entre 1849 et 1860 montre combien la municipalité n’envisage l’extension vers Rocabey et bientôt la nouvelle gare, que comme une dépendance industrialo-portuaire."

"Qui plus est, Saint-Servan, l’antique rivale, se fait construire entre 1862 et 1869 un nouvel hôtel de ville par l’architecte départemental nouvellement promu, Hippolyte Béziers-Lafosse (1814-1899). Les Malouins ont eu tout le loisir d’en connaître les détails, car le projet de construction a occupé la municipalité dès 1855, faisant les choux gras des journaux locaux. Certes, l’hôtel de ville de Saint-Malo a subi un «rafraîchissement» à l’occasion du passage de Napoléon III et d’Eugénie, au mois d’août 1858. Mais l’orgueil des Malouins est piqué à vif : de 1866 à 1875, la ville entreprend donc un remaniement complet du palais épiscopal. L’architecte municipal Alfred-Louis Frangeul (1833-1905) est chargé du projet : il s’agit, ni plus ni moins, de la reconstruction entière de l’aile nord (fig. 6). Le nouvel édifice doit être formé d’un pavillon central, avec balcon d’honneur et fronton historié, flanqué de deux ailes, dont l’une rejoint l’extension de 1837. Avec ses deux étages, son entresol et son comble mansardé, l’hôtel de ville reprend la même élévation que le tribunal. Toutefois, il s’en différencie nettement par un éclectisme typique de la période. À l’évidence, l’architecte a reproduit à Saint-Malo les archétypes de l’architecture parisienne, dont la figure éminente, Hector Lefuel (1810-1880), vient d’achever l’agrandissement du Louvre. Les références classiques du Grand Siècle participent ainsi à asseoir le prestige de l’autorité publique."

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