On l'attendait, il est enfin arrivé ! L'ouvrage consacré à l'architecte breton Arthur Regnault, publié en marge de l'exposition qui lui est consacrée aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, vient de paraître aux Presses universitaires de Rennes.Arthur Regnault, architecte (1839-1932). La quintessence de l'art sacré
Dirigé par Jean-Yves Andrieux, professeur à l'Université de Rennes 2 et jusqu'à l'automne encore, mon directeur de recherche, cet ouvrage est bien plus qu'une simple monographie. C'est d'abord un livre d'art, abondamment illustré, qui se laisse parcourir avec bonheur, comme un voyage à travers les campagnes de Haute-Bretagne, et qui s'étend même au Canada et au Japon. C'est aussi une somme, nourrie par un riches fonds documentaire, rythmée par une production savante, mais qui se laisse lire comme un roman. Car enfin, c'est l'histoire d'un enfant du pays de Bain, formé à Rennes puis à Paris, d'abord ingénieur et finalement architecte, constructeur pendant près de soixante ans d'églises, de chapelles, mais aussi de châteaux, de demeures bourgeoises et d'écoles, que ce livre tente de tracer. On est loin, donc, de l'austère catalogue d'exposition. Si la personnalité même de Regnault, empreinte d'une culture personnelle hétéroclite et foisonnante, suffit déjà à faire de cet ouvrage une référence, la contribution d'une vingtaine de chercheurs à son écriture et à son illustration, l'excellente direction des Presses universitaires de Rennes et des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, contribuent largement à lui donner ce caractère éminent DU livre que toute bibliothèque érudite doit désormais avoir.
BOUJU P., Eglise paroissiale Saint-Pierre de Coësmes. La puissance suggestive de l'architecture ou l'art de détourner les sens, chap. 8, p. 126 à 133.
Résumé : "Le 22 juin 1905, alors que la chambre des députés négocie les conditions de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, Coësmes inaugure l’une des dernières grandes églises rurales d’Arthur Regnault. Le spectacle des enfants réunis sous les bannières des confréries enfantines et encadrés par les religieuses enseignantes de Saint-Méen, égaille le cortège solennel qui entoure, en ce jour de la Fête-Dieu, l’abbé Michel, vicaire général et supérieur du grand séminaire de Rennes, délégué par le cardinal Labouré pour procéder à la bénédiction de la nouvelle église paroissiale[1]. Sous les voûtes blanches de Saint-Pierre, la voix du prélat se fait vibrante, saisie par l’arrangement détonnant de l’édifice néo-renaissant avec les retables polychromes du XVIIe siècle. A Coësmes, Arthur Regnault renoue une dernière fois avec le triomphalisme romain, comme une ultime profession de foi. Ici, plus qu’ailleurs, l’œuvre de l’architecte s’inscrit dans une histoire qui dépasse largement les limites de la monographie paroissiale. Suivant que l’on se place à la confluence des contextes politiques, religieux, esthétiques ou culturels, son interprétation donne de l’épaisseur à l’acte de création. C’est là tout l’art d’Arthur Regnault, celui de jouer sur les sens."

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