
Le verdict est tombé le 12 février : l'UNEF, Union Nationale des Etudiants de France, obtient 4 sièges au Conseil Scientifique de l'Université de Rennes 2, soit la totalité des sièges accordés aux doctorants. La légitimité d'une telle victoire est cependant à nuancer : sur 438 inscrits, seuls 2,3 pourcents ont jugé utiles de se déplacer, et ce n'est qu'avec 7 voix en sa faveur que l'UNEF réussit à se hisser au CS. Pas surprenant, d'ailleurs, si l'on considère qu'il s'agit de la liste UNIQUE déposée, et validée par Rennes 2, pour ces élections. Tout doctorant, ayant un minimum d'esprit civique - et critique - se rendra compte qu'une telle supercherie alimente, une fois de plus, la vision d'une administration universitaire discriminatoire à l'encontre de ses doctorants. Explications.
Les doctorants semblent être, tout bien considérés de l'extérieur, une entité homogène, du fait de leur statut d'étudiant qui leur est délivré une fois les modalités de l'inscription de novembre remplies. Mais ce serait une énorme méprise que de prendre en compte ce seul critère distinctif. Dès lors que vous percevez une rémunération de l’université, au titre de l’allocation et/ou du monitorat, vous êtes exempts de tout droit, alors que si vous êtes démunis (cela vaut également pour les chômeurs) vous devez vous acquitter de vos « droits » (350 €+198 € au titre de la sécurité sociale étudiant), ce qui d’ailleurs ne vous garantit pas d’obtenir un lieu de travail, des moyens et des ressources pour mener à bien vos recherches. Par conséquent, l’inscription en doctorant ne constitue en rien un facteur d’égalité, bien au contraire : tout se joue sur votre collège, et sur ce point, l’ingéniosité dont fait preuve l’administration universitaire – aussi bien sur le plan local qu’au niveau national – mérite d’être relevée.
Réduit à sa plus simple expression, la représentation des doctorants est éclatée entre deux collèges : cette distinction, cette fois, ne se base pas sur le type de rémunération que vous percevez, mais sur votre charge d’enseignement. Ainsi, les doctorants n’ayant pas de charge d’enseignement, y compris les allocataires de recherche, sont rattachés au collège des « usagers » (étudiants), tandis que les moniteurs, chargés d’enseignement et ATER (Attachés Temporaires d’Enseignement et de Recherche) sont intégrés au collège des « personnels » (rang B). Encore existe-t-il des nuances douteuses au sein même des chargés d’enseignements : on note par exemple qu’un doctorant allocataire chargé d’enseignement (par ex. 96h) est généralement rattaché aux usagers alors qu’un doctorant allocataire moniteur (64h d’enseignement) est assimilé aux personnels de rang B – les deux étant pourtant salariés de leur établissement. Le comble est atteint avec les contrats postdoctoraux, qui n’ont droit à aucune représentation ! De fait, ce capharnaüm change d’un établissement à un autre, et ne se limite pas aux basses couches de la Recherche : les mêmes incohérences ubuesques sont relevées au CNESER, le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
La faute à la loi du 26 janvier 1984, qui en refondant le système de recherche et d’enseignement supérieur, a certes présenté l’avantage d’intégrer les étudiants au mode de fonctionnement des universités, mais sans différencier les doctorants du reste des étudiants. Pourtant, fondamentalement, les doctorants n’ont pas les mêmes activités ni préoccupations que des étudiants du premier et deuxième cycle. D’ailleurs, la spécificité des doctorants pour discuter des questions de politique de recherche est explicitement mise en évidence par les règles d’élection aux Conseils Scientifiques des universités : les étudiants qui ne peuvent attester d’une inscription doctorale n’y sont pas éligibles. Cette séparation superficielle cache en fait une triste vérité qui, avec la création d’un collège doctoral commun, éclaterait au grand jour et mettrait à mal l’ensemble du système représentatif du CS : les doctorants sont au moins équivalents numériquement aux personnels chercheurs et enseignants chercheurs, soit plus de 70 000 personnes, alors qu’on en comptait à peine 30 000 en 1990. Véritables « forces vives » de production scientifique dans les laboratoires, la politique de recherche, et notamment les modes de répartition et d’attributions des fonds, s’en trouverait radicalement changée s’il fallait traiter avec une représentation doctorale unifiée, et forte, égale, sinon supérieure en fonction des établissements, à la représentation des enseignants chercheurs. De fait, la création d’un tel collège obligerait une redistribution des sièges, qui serait à la défaveur des « personnels ». Au contraire, le système actuel facilite l’éclatement, et de fait, l’isolement des revendications, ce qui ralentit considérablement la remontée des dysfonctionnements se faisant jour chez la population doctorale, et qui contribue, aujourd’hui, à fragiliser ce corps social et identitaire fort du monde universitaire.
Enfin, avec la surreprésentation de l’UNEF au CS apparaît le spectre de la négligence et de l’autoritarisme de nos « représentants ». Bien qu’on ne puisse médire sur le caractère national et prépondérant de ce syndicat, dont il tire sa force d’action, on peut douter de son efficacité à défendre les intérêts des doctorants au sein de l’Université, alors même que ces deux dernières années, ce syndicat, alors minoritaire au sein du CS, ne s’est jamais fait représenter. 4 sièges vides, une méconnaissance totale de la complexité et des enjeux de la recherche, l’absence d’un programme pertinent, bref, ce sont deux années atones et désastreuses pour les doctorants qui s’annoncent dans le paysage universitaire local. Et une fois de plus, la victoire des intérêts particuliers et de la politique d’isolement menée avec opiniâtreté depuis 20 ans.
NB : en 2008 déjà, deux listes pluridisciplinaire et pluri-statutaire s’étaient vues refusées les élections ; cette année encore, le même refus a été signifié à une liste indépendante. On ne pourra donc imputer aux doctorants leur manque de participation et de civisme dans le jeu politique électoral de l’université Rennes 2.

4 commentaires:
Triste constat de cette réalité locale et nationale. Ce billet devrait remonter au sein de nos instances rennaises...
Même sans représentation, ne nous taisons pas!
Merci à toi
En tant que présidente de l'UNEF Rennes, je t'invite à venir en discuter.
Je suis d'accord avec toi ; il est difficile aujourd'hui de monter une liste de doctorants, avec toutes les conditions qu'ils posent.
Pourtant, l'UNEF n'est en rien responsable du fait que l'assoc de doctorant n'ait pas fait une liste qui suivent les règles de dépot ; ou encore de la non participation des doctorants, qui ont été prévenus par mail et dans leurs labos par l'université et par l'UNEF. En rien il est totalitaire ou négligent que de nous présenter.
Ne t'en fais pas, je fais toute confiance à Yoan, notre tête de liste, pour son mandat.
L'invitation est refaite ; n'hésite pas à venir en discuter.
Sur quel motif l'université a-t-elle refusé la liste indépendante?
Etant précisé que si c'est fumeux, il devrait être possible de faire annuler l'élection devant le TA.
Je répondrais ici brièvement à la présidente de l'UNEF : d'une part, nous ne remettons pas en cause la légitimité du scrutin. On ne peut en effet imputer à l'UNEF son droit de déposer une liste pour les élections. C'est son droit, nous le respectons. Nous remettons en question le mode de scrutin, avec la création d'un collège commun à tous les doctorants, sans distinction de statut, de rémunération et de charge d'enseignement. D'autre part, je suis plus que sceptique, devant le constat de ces deux dernières années de présence suivie au CS, quant à la représentation des doctorants par l'UNEF. Mais peut-être que ces négligences sont-elles le fait du passé ? Il est regrettable également que le syndicat n'est pas largement diffusé un programme électoral : je n'en ai nullement eu écho. De fait, en dépit de nos divergences, nous serons appelés à travailler étroitement de concert : les décisions prises au CS serviront de caisse de résonance à celles prises dans les Conseils des Ecoles Doctorales, où nous siégeons. Nous continuerons donc à faire valoir que le doctorant est un professionnel de la recherche, et non un étudiant.
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