Situé au cœur de la ville médiévale, jouxtant l’abbatiale Notre-Dame, le prieuré des Bénédictins, fondé au 12e siècle, et restauré par l’ordre mauriste au 17e siècle, devient, sous l’Empire, le siège d’une triple administration. Tout à la fois dévolu au Tribunal civil, aux services municipaux, aux bureaux de la sous-préfecture et au logement du 1er homme de l’arrondissement, le vieux monastère devient le lieu d’une cohabitation difficile qui émaille de querelles et de procès d’intentions tout le 19e siècle vitréen. La ville, enclose dans son enceinte fortifiée, étouffant dans ses venelles étroites, ratera la grande métamorphose urbaine qui transforme le siècle. Alors que Montfort, Redon et Saint-Malo se dotent d’équipements modernes, la ville se prive d’établissements prestigieux, dignes de la fonction qu’elle occupe dans le nouveau maillage administratif français. Les plaintes de l’administration, quant à l’exigüité, à l’inconfort, et l’incurie du local inadapté à l’accueil du public, aux réceptions du sous-préfet, au traitement des affaires de justice, n’y changeront rien. Les Bénédictins resteront, bien qu’il en coûte de lourdes réparations au département, le siège des trois pouvoirs, tout du moins jusqu’en 1926, date à laquelle l’arrondissement est supprimé, au profit de celui de Rennes.
La réunion autour du cloître des Bénédictins des trois administrations incontournables du 19e siècle vitréen participe à cristalliser, au gré des évènements, les hostilités entre les trois pouvoirs. La justice, s’agrippant aux anciens usages hérités de la monarchie, tente en vain de lustrer une dignité dont elle ne trouve pas le relief dans un couvent inadapté à ses services. Le jeune arrondissement, incarné par le sous-préfet, ne parvient pas à trouver la juste mesure entres ses propres besoins et les prétentions de ses voisins, se faisant ainsi souvent le jeu des rivalités locales. La municipalité enfin, engoncée dans la certitude d’une propriété fictive, radicalise son opposition à la tutelle administrative que lui a imposée le centralisme napoléonien, et aspire au renouveau d’une liberté d’action qu’elle n’a goûté que pendant le printemps révolutionnaire. Bref, du temps canonique scandé par les psalmodies du 18e siècle, au temps civil marqué par les antagonismes politiques du 19e siècle, on assiste à une mise en scène inédite, qui révèle, bien au-delà de sa simple condition matérielle, le baptême pénible d’une nouvelle France, à l’étroit dans les habits vieux, et rapiécés, de l’ancienne province bretonne.
> le vendredi 15 mai, à 20h, salle des mariages de l'hôtel de ville. Entrée libre.


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