A l'heure où les voeux du nouvel an sont l'occasion de réjouissances, les autorités, qu'elles soient civiles, militaires ou religieuses, se font un devoir, encore aujourd'hui, de se recevoir mutuellement en gage d'entente respectueuse et de courtoisie somme toute diplomatique.
Dans le cadre de mes recherches en architecture, il n'est pas rare de croiser, au hasard de quelques liasses d'archives, des détails de la petite histoire qu'il n'est pas déplaisant de rapporter ici. Ainsi, à l'occasion des voeux des autorités civiles de l’année 1896, le général commandant le 10e corps d’armée de Rennes reçoit les autorités civiles de 10 heures à 10 heures et demie, au quartier général ; le premier président et le procureur général les reçoivent au Palais de 10h15 à 11h15 ; l’Archevêque reçoit de 10h30 à 11h30. Le préfet doit prendre en considération, bon an mal an, ces horaires afin d’être en mesure de recevoir à son tour les autorités civiles à la préfecture. En 1892, il les reçoit de 10h30 à 11h. Lui-même ira rendre ses visites du nouvel an la veille, pour plus de commodités : en 1896, à l’archevêque à 13h30, et au général Jessé, commandant le 10e corps d’armée (heure non-connue).
Pourtant, bien que, en théorie, 1er fonctionnaire du département, le préfet n'en est pas moins asservi aux exigences des autres administrations : ainsi, au terme de difficultés s’étant élevées entre les autorités militaires et administratives depuis plusieurs années, une circulaire du ministère de l’Intérieur, en date du 24 août 1847, rappelle les termes du décret du 24 messidor an XII (13 juillet 1804), qui porte que : « dans les cérémonies publiques, les autorités se réuniront chez la personne qui doit y occuper le premier rang. », à l’exception seule des fonctionnaires de l’ordre judiciaire [1]. Cependant, lorsque les autorités se rendent à l’église, l’évêque n’est pas tenu de marcher en cortège avec elles ; il doit les attendre dans l’exercice de ses fonctions. Mais le préfet a-t-il pour autant rang supérieur sur l'autorité militaire ? Sous la présidence du Maréchal de Mac Mahon, une circulaire ministérielle du 30 décembre 1874 place le préfet derrière le général de division. Mais le 16 juin 1907, les querelles de préséances sont définitivement réglées au profit des préfets qui, par la volonté expresse de Clemenceau, président du Conseil, prennent le pas sur l'ensemble des fonctionnaires civils et militaires.
Les réceptions du 1er janvier sont ainsi l'occasion de réunir tout ce que le département compte de grands corps et d'illustres figures. Outre les délégations des autorités militaires, judiciaires et religieuses de Rennes, on compte à celle du 1er janvier 1891 les doyens et professeurs des universités, des lycées rennais, des Beaux-Arts, du Conservatoire, de l'Ecole d'Agriculture et de l'Ecole Normale ; les élus et employés des administrations de la ville : hospices civils, service d’architecture, services vétérinaires, archives et bibliothèques, services vicinaux, Perception, Octroi... ; et ceux du département et de l'Etat : Maison Centrale, asile d’aliénés, Ponts et Chaussées, Contributions directes et indirectes, Direction de l’Enregistrement et des Domaines, Commissariat de Police, Banque de France, Service des Eaux et Forêts, Trésor ; on compte encore parmi les délégations invitées la Société des Chemins de Fer de l’Ouest, la Chambre de Commerce, les PTT, la Compagnie de Sapeurs-Pompiers de Rennes, la Société des Anciens militaires du département, le Bureau de bienfaisance, le Jardin des Plantes, La Rennaise… ainsi que les innévitables personnalités politiques du pays : conseillers généraux, députés et sénateurs, maires... accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, la somme totale des invités avoisine les 1000 personnes, qui s'entassent bien difficilement sous les ors de la salle des fêtes de la Préfecture.
Dans cette cohue, le préfet se distingue toutefois par l'apparat de son uniforme : taillé par l'Empire, redessiné en 1830 puis en 1849, épousseté suivant les régimes en 1852, 1873, 1878, 1883, l'habit de cérémonie de monsieur le préfet se présente, au 1er janvier 1891, d'une tunique bleu marine avec poches et parements brodés d'argent, au motif de feuilles de chêne et d'olivier, gilet à boutons d'argent ornés de palmes et de trophées, pantalon à bande de soie ; les accessoires inévitables sont le "chapeau à la française" (tricorne) à plumes noires, le ceinturon de soie noire, l'écharpe tricolore à glands d'or et l'épée. En 1907, les plumes noires seront remplacées par des blanches, et l'uniforme actuel sera fixé le 1er octobre 1963, avec la généralisation de la "petite tenue" : uniforme bleu nuit avec bandes noires et képi.
Les voeux du nouvel an sont l'une des occasions données au préfet d'affirmer sa position d'unique représentant de l'Etat (28 pluviôse an VIII), mais également de représentant du département puisqu'il constitue l'organe exécutif de cette collectivité (depuis la loi du 10 août 1871).
> Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1M170 à 198 Fêtes, voyages, cérémonies (an VIII-1939)
> les préfets de la Marne, Centre Régional de Documentation Pédagogique de Champagne Ardenne
> histoire des préfets, Ministère de l'Intérieur
> les préfets, Wikipédia
> histoire des préfets, Ministère de l'Intérieur
> les préfets, Wikipédia


