lundi 22 décembre 2008

Lorsque le préfet reçoit : les voeux du nouvel an à la fin du 19e siècle

A l'heure où les voeux du nouvel an sont l'occasion de réjouissances, les autorités, qu'elles soient civiles, militaires ou religieuses, se font un devoir, encore aujourd'hui, de se recevoir mutuellement en gage d'entente respectueuse et de courtoisie somme toute diplomatique.

Dans le cadre de mes recherches en architecture, il n'est pas rare de croiser, au hasard de quelques liasses d'archives, des détails de la petite histoire qu'il n'est pas déplaisant de rapporter ici. Ainsi, à l'occasion des voeux des autorités civiles de l’année 1896, le général commandant le 10e corps d’armée de Rennes reçoit les autorités civiles de 10 heures à 10 heures et demie, au quartier général ; le premier président et le procureur général les reçoivent au Palais de 10h15 à 11h15 ; l’Archevêque reçoit de 10h30 à 11h30. Le préfet doit prendre en considération, bon an mal an, ces horaires afin d’être en mesure de recevoir à son tour les autorités civiles à la préfecture. En 1892, il les reçoit de 10h30 à 11h. Lui-même ira rendre ses visites du nouvel an la veille, pour plus de commodités : en 1896, à l’archevêque à 13h30, et au général Jessé, commandant le 10e corps d’armée (heure non-connue).

Pourtant, bien que, en théorie, 1er fonctionnaire du département, le préfet n'en est pas moins asservi aux exigences des autres administrations : ainsi, au terme de difficultés s’étant élevées entre les autorités militaires et administratives depuis plusieurs années, une circulaire du ministère de l’Intérieur, en date du 24 août 1847, rappelle les termes du décret du 24 messidor an XII (13 juillet 1804), qui porte que : «
dans les cérémonies publiques, les autorités se réuniront chez la personne qui doit y occuper le premier rang. », à l’exception seule des fonctionnaires de l’ordre judiciaire [1]. Cependant, lorsque les autorités se rendent à l’église, l’évêque n’est pas tenu de marcher en cortège avec elles ; il doit les attendre dans l’exercice de ses fonctions. Mais le préfet a-t-il pour autant rang supérieur sur l'autorité militaire ? Sous la présidence du Maréchal de Mac Mahon, une circulaire ministérielle du 30 décembre 1874 place le préfet derrière le général de division. Mais le 16 juin 1907, les querelles de préséances sont définitivement réglées au profit des préfets qui, par la volonté expresse de Clemenceau, président du Conseil, prennent le pas sur l'ensemble des fonctionnaires civils et militaires.

Les réceptions du 1er janvier sont ainsi l'occasion de réunir tout ce que le département compte de grands corps et d'illustres figures. Outre les délégations des autorités militaires, judiciaires et religieuses de Rennes, on compte à celle du 1er janvier 1891 les doyens et professeurs des universités, des lycées rennais, des Beaux-Arts, du Conservatoire, de l'Ecole d'Agriculture et de l'Ecole Normale ; les élus et employés des administrations de la ville : hospices civils, service d’architecture, services vétérinaires, archives et bibliothèques, services vicinaux, Perception, Octroi... ; et ceux du département et de l'Etat : Maison Centrale, asile d’aliénés, Ponts et Chaussées, Contributions directes et indirectes, Direction de l’Enregistrement et des Domaines, Commissariat de Police, Banque de France, Service des Eaux et Forêts, Trésor ; on compte encore parmi les délégations invitées la Société des Chemins de Fer de l’Ouest, la Chambre de Commerce, les PTT, la Compagnie de Sapeurs-Pompiers de Rennes, la Société des Anciens militaires du département, le Bureau de bienfaisance, le Jardin des Plantes, La Rennaise… ainsi que les innévitables personnalités politiques du pays : conseillers généraux, députés et sénateurs, maires... accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, la somme totale des invités avoisine les 1000 personnes, qui s'entassent bien difficilement sous les ors de la salle des fêtes de la Préfecture.

Dans cette cohue, le préfet se distingue toutefois par l'apparat de son uniforme : taillé par l'Empire, redessiné en 1830 puis en 1849, épousseté suivant les régimes en 1852, 1873, 1878, 1883, l'habit de cérémonie de monsieur le préfet se présente, au 1er janvier 1891, d'une tunique bleu marine avec poches et parements brodés d'argent, au motif de feuilles de chêne et d'olivier, gilet à boutons d'argent ornés de palmes et de trophées, pantalon à bande de soie ; les accessoires inévitables sont le "chapeau à la française" (tricorne) à plumes noires, le ceinturon de soie noire, l'écharpe tricolore à glands d'or et l'épée. En 1907, les plumes noires seront remplacées par des blanches, et l'uniforme actuel sera fixé le 1er octobre 1963, avec la généralisation de la "petite tenue" : uniforme bleu nuit avec bandes noires et képi.

Les voeux du nouvel an sont l'une des occasions données au préfet d'affirmer sa position d'unique représentant de l'Etat (28 pluviôse an VIII), mais également de représentant du département puisqu'il constitue l'organe exécutif de cette collectivité (depuis la loi du 10 août 1871).

> Archives départementales d'Ille-et-Vilaine, 1M170 à 198 Fêtes, voyages, cérémonies (an VIII-1939)

[1] 1M170, ADIV.

jeudi 18 décembre 2008

Hôtels de ville de France

Hôtels de ville de France, de la Curie romaine à la mairie républicaine, vingt siècles d'architecture municipale, Jean-Marie Pérouse de Montclos, photographies de Caroline Rose, Paris, Imprimerie Nationale Editions, 2000

Le premier ouvrage à traiter le sujet de l’architecture municipale de façon complète. Ce livre est composé à la fois de textes de synthèse et de monographies allant de la Curie romaine à la mairie républicaine. Ces vingt siècles d’architecture municipale sont illustrés de photographies contemporaines et de documents anciens.

Table des matières
  1. La curie, de la conquête romaine à la fin des Invasions, 1er-10e siècle
  2. La maison commune, de l'avènement des Capétiens à la fin de la guerre de Cent Ans, fin 10e-milieu 15e siècle / monographies
  3. L'hôtel de ville, de la Renaissance aux Lumières 1450-1789 / monographies
  4. La mairie, 19e-20e siècles

vendredi 12 décembre 2008

L'hôtel de ville de Rennes sous le feu des projecteurs

Du 20 décembre au 4 janvier, des fleurs, des flocons, des mosaïques habilleront la façade de l'hôtel de ville. Une spectaculaire mise en lumière et en images à ne pas rater.

Des stylos numériques glissent sur des palettes graphiques reliées à des ordinateurs surpuissants. Dans ces vastes hangars situés à Saint-Thurial, à une quinzaine de kilomètres de Rennes, naissent d'étonnantes images qui seront projetées sur la façade de l'hôtel de ville. La société
Spectaculaires peaufine depuis plusieurs semaines un spectacle d'une dizaine de minutes mettant en scène un homme et un enfant en balade dans la capitale bretonne. Une balade impressionniste qui change les flocons de neige en fleurs tropicales, fait faire un bon de géant au musée pour passer la Vilaine ou encore propose un plongeon dans la piscine Saint-Georges tout en restant les pieds plantés sur les pavés de la place de la mairie. Bref, un étrange rêve, un songe, une nuit d'hiver.

«
Ce n'est pas un son et lumière, ce n'est pas du théâtre, c'est autre chose », explique "l'allumeur d'images" Benoît Quéro. Autre chose que de nombreux Rennais ont déjà eu l'occasion d'apprécier en 2007 et 2006. Avec un plus cette année : les badauds découvriront plus qu'une succession de tableaux, une véritable histoire. Pour s'en mettre plein les yeux et « réenchanter la ville », insiste son créateur.DP

>
Une balade en hiver, du 20 décembre au 4 janvier , toutes les demi-heures entre 18h et minuit. Le spectacle est sonorisé de 18h à 21h.

lundi 8 décembre 2008

Neuvième colloque international étudiant du département d’histoire de l'Université Laval

Fière de la portée internationale acquise lors de son colloque de l’année dernière, Artefact renouvelle son invitation aux étudiants de deuxième et troisième cycles et aux jeunes chercheurs à soumettre des propositions de communication pour le neuvième colloque étudiant du département d’histoire qui se tiendra du 3 au 5 février 2009 à l'Université Laval, Québec, Canada.

Dans le cadre des communications libres, touchant tous les domaines de l'Histoire – histoire, histoire de l’art, muséologie, archéologie, ethnologie, archivistique –, j'ai l'honneur d'être invité à présenter les résultats préliminaires de mes recherches, et ainsi, de représenter la recherche bretonne en histoire de l'art.

Résumé de ma communication

Hôtels des villes et mairies des champs : gloire et misère de l’architecture municipale (1852-1914)

La Bretagne du Second Empire et de la IIIe République compte près de 2,5 millions d’habitants, partagés sur 2000 communes, et autant de mairies. Pourtant, de la ville-préfecture industrielle à la bourgade d’à peine cent âmes, les disparités sont profondes. Se côtoient l’exubérance, et le luxe, des prestigieuses réalisations urbaines, l’exigüité et le dénuement du local municipal, qui pêne à convenir aux nécessités d’usage. Les communes, acculées par le budget de l’instruction publique (obligatoire depuis 1833), rechignent souvent à construire une mairie, affaire coûteuse. Pourtant, elle est le premier édifice public du village, mais sa place lui est bien souvent disputée par l’église, le château, parfois même le presbytère. C’est donc dans une unique pièce, chichement meublée d’une table, de quelques chaises, et dans le meilleur des cas, décorée du drapeau tricolore, que s’écoulent doucement les grands actes de la vie municipale des communes bretonnes.

La mairie française, et a fortiori, bretonne, méritait une révision depuis les travaux précurseurs de Maurice Agulhon, éminent expert sur la symbolique et la portée de l'imagerie républicaine. Mon intervention propose d'en reprendre le questionnement, et de l'étendre à mes travaux de recherches sur l'évolution des typologies des mairies, avec le cas précis de la Bretagne. Entre autre, les perspectives nouvelles ouvertes par l'inventaire et la numérisation des plans d'architectes au sein des Archives Départementales des Côtes-d'Armor et d'Ille-et-Vilaine, en cours d’achèvement, placeront ce questionnement au cœur du processus de patrimonialisation et de la problématique de décence des édifices étudiés, ainsi que de l’exigence d’une approche terminologique appropriée.

mercredi 3 décembre 2008

La conférence "Jeunes chercheurs en Europe" en VOD

Le site de l'Université Européenne de Bretagne (UEB) a mis en ligne un système de VOD permettant de visionner, entre autre, les tables rondes et les restitutions de la conférence "Jeunes chercheurs en Europe", qui s'est tenue les 20 et 21 novembre à Rennes 1.

Cet évènement, auquel est associé l'UEB, était organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans le cadre de la présidence française à l’Union européenne.

VOD

lundi 1 décembre 2008

SOS Archives !

C’est malheureusement souvent le lot des historiens d’être confrontés à des déménagements, à des fermetures plus ou moins provisoires d’archives, à des autorisations de communication aléatoires voire sélectives. Mais il s’agit ici d’une affaire plus grave : la destruction aveugle et systématique par la Banque BNP Paribas des archives du Comptoir national d’escompte de Paris au 19e siècle et la programmation de la destruction de celles de Paribas.

L’alerte donnée par Anastasia Barra à propos des emprunts grecs d’avant 1914 n’a pas suffi à stopper le processus. Supprimés ou expurgés, les dossiers sur les emprunts internationaux, les grands équipements européens, les relations avec les états souverains ou avec la communauté bancaire, bref, tout ce qui ne touche pas à l’entreprise elle-même…

Il faut nous mobiliser car cela crée un précédent grave et irréversible. Je vous propose de signer le texte qui suit qui sera diffusé sur le net, si possible dans la presse et envoyé à la direction de BNP Paribas (merci de renvoyer votre accord, avec votre nom et votre affiliation à laure.corre@noos.fr ).

Message de L. Quennouëlle-Corre, reçu à la rédaction de LaRSG.