mercredi 9 mai 2012

Les architectes et la fonction publique

Les laboratoires de recherche Léav/re MAP-Ensa Versailles, GEVR (Ensap Bordeaux- ADES/Université de Bordeaux 3), HTTP (Cnam) et l’Ensa Paris-Belleville organisent un séminaire sur la question des architectes et la fonction publique du XIXe au XXIe siècle avec le soutien de la Dapa (ministère de la Culture). Les séances auront lieu au Cnam, à l’Ensa de Versailles, à l’Ensa de Paris Belleville, à l’Ensap de Bordeaux et à l’Université de Bordeaux 3.

Le séminaire proposé, sur quatre sessions (2012-2014), vise à examiner conjointement la diversité des services publics d’architecture du XIXe siècle au XXIe siècle, tant en termes d’échelle (État, département/région, commune, structure intercommunautaire, service parapublic), de missions, de statuts des architectes, que du point de vue des pratiques et des productions matérielles (écrits, bâtiments…). La mise en perspective sera à la fois thématique et diachronique. Il s’agit d’une part de comprendre l’organisation de ces services et leurs évolutions tant quantitatives que fonctionnelles à la lumière des renouvellements que l’on peut observer dans un contexte plus large, touchant la pratique professionnelle elle-même aussi bien que les représentations que peuvent s’en faire les praticiens et leurs interlocuteurs. D’autre part, l’enjeu est de s’interroger sur les missions publiques actuellement attachées à ces services, en les confrontant aux mutations contemporaines de la profession, ainsi que d’approfondir la réflexion théorique et méthodologique sur les « usages » de ces mobilisations singulières de savoirs experts à l’intérieur des cadres publics. Les communications devraient éclairer les enjeux sociaux dont participent ces mobilisations. L’action des administrations revient à structurer des droits et services publics ainsi que les populations qui en sont (ou non) ressortissantes. Sous cet aspect, comment la mobilisation pratique de ces savoirs experts peut-elle éclairer l’évolution des actions publiques en matière d’architecture, de patrimoine et plus largement de cadre de vie ? À l’heure où se pose la question des ACMH par exemple, dans un moment de développement de la démocratie locale participative et quand des voix se prononcent en faveur d’une certaine déréglementation, quelles peuvent être les missions de la pratique publique aujourd’hui ? Et quelle portée sociologique la mobilisation par l’action publique confère-t-elle à ces savoirs experts ?

Le séminaire a vocation à rassembler des chercheurs et des doctorants issus de différentes disciplines, ainsi que des professionnels, des représentants de services et des organisations corporatistes et professionnelles. Axé sur la situation française, il donnera une large place aux situations provinciales moins explorées et s’ouvrira également à des comparaisons internationales, notamment européennes. Les séances seront structurées autour de questions thématiques : fonctionnement et organisation professionnelle, fonctionnarisation et statut, recrutement et formation, cumul de fonctions, savoir économique et pratique, rapport pratique publique/pratique privée, missions, relations au(x) public(s), etc.

Les deux premières session thématiques sont :
1. "Pratiques publiques de l'architecture", 24 et 25 octobre 2012, Ensa de Versailles.
2. "Missions des architectes dans le cadre public", 28 et 29 mars 2013, Cnam de Paris.

Les deux suivantes, dont l'appel à communication interviendra ultérieurement, sont :
3. "Rapports entre statuts et exercices publics et privés".
4. "La création de la maîtrise d’œuvre publique".

Pour en savoir plus, consultez Calenda.

Responsables du séminaire : Catherine Bruant, Laboratoire de recherche de l’École nationale supérieure d’architecture Versailles - équipe recherche Métropoles, Architectures, Politiques (re MAP) ; Chantal Callais, Groupe d’étude de la ville régulière (GEVR/associé à ADES-UMR 5185-Bordeaux 3), École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux ; Guy Lambert, Laboratoire Histoire, Techniques, Technologie Patrimoine (HTTP, EA 3716), Conservatoire national des arts et métiers et École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville.

Comité scientifique : Jean-Yves Andrieux, historien de l’architecture et de la ville, Centre André Chastel, professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris 4) ; Florence Bourillon, historienne, Centre de recherche d'histoire européenne comparée (CRHEC), Professeur d’histoire contemporaine, Université Paris Est Créteil/Val de Marne ; Robert Carvais, historien du droit, directeur de recherche au CNRS, Institut d’histoire du droit (IHD), Centre d’étude d’histoire juridique, Université de Panthéon-Assas, professeur associé de droit à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles ; Olivier Chadoin, sociologue, École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, Let – Lavue - UMR CNRS 7218, réseau Ramau ; Viviane Claude, architecte ENSAIS, historienne de l’urbanisme, Lab’URBA, professeur à l’Institut d’urbanisme de Paris Est Créteil/Val de Marne ; Thérèse Évette, docteur en sociologie et licenciée en sciences économiques, fondatrice et directrice (de 1978 à 2009) du laboratoire de recherche LET (Laboratoire Espaces Travail) (sous réserve) ; André Guillerme, historien, CDHTE, professeur en histoire des techniques, Cnam ; Éric Lengereau, architecte-urbaniste, chargé de mission pour l'élaboration du « Vocabulaire de l'architecture contemporaine », Délégation générale à la Langue française et aux Langues de France, Ministère de la Culture et de la Communication ; François Loyer, historien de l’art et de l’architecture des xixe et xxe siècles, directeur de recherches CNRS honoraire, membre de l’École doctorale CRIT de l'UVSQ ; Dave Lüthi, historien de l'architecture, professeur assistant, Université de Lausanne ; Philippe Panerai, architecte et urbaniste, directeur de la selarl panerai & associés, architecture, urbanisme et ville durable ; Élisabeth Rojat-Lefebvre, architecte et urbaniste, directrice du CAUE 78.

vendredi 27 avril 2012

L'hôtel de ville de Quimper

Après une petite pause, je vous propose de reprendre notre parcours architectural à travers la Bretagne en nous arrêtant dans le chef-lieu du Finistère, à Quimper. Son hôtel de ville, tout-à-fait remarquable tant du point de vue de la construction que du style, témoigne de la pénétration progressive des principes de la bonne architecture dans les départements éloignés des foyers culturels actifs que sont Paris, Nantes et Rennes au début du XIXe siècles.

L'hôtel de ville de Quimper, Finistère (1829-1834)
Le 16 mai 1826, le conseil municipal de Quimper arrête, à l’unanimité, la démolition par mesure de sûreté publique, de l’hôtel de la mairie « dont la chute était imminente », et de faire construire sur le même emplacement un immeuble neuf. Celui-ci doit comprendre, outre les services qui existaient dans l’ancien édifice, le logement du président des assises, la bibliothèque de la ville et le local de la justice de paix. La municipalité s’adresse à Jean-Marie Lemarié, architecte-voyer de la ville de Paris, qui estime alors la dépense de construction à 134 084,65 francs : « C’est sans doute une charge énorme pour Quimper, écrit le maire, mais elle est bien compensée par les avantages que cette construction procurera à la commune qui parviendra au bout de quelques années, à se libérer avec ses propres ressources, sans recourir à aucune imposition extraordinaire » (AD.29, 2/O/1615). Le 19 mars 1828, une ordonnance royale autorise la ville à emprunter 90 000 francs sur les revenus communaux, avec intérêt légal, pour payer une partie des frais de construction du nouvel hôtel de ville. Au printemps suivant, le chantier s’ouvre sous la direction de Guillaume-François Éloury qui fait office d’architecte d’opération en l’absence de Lemarié. L’année même de son achèvement, en 1834, l’ouvrage de Gourlier, Biet, Grillon et Tardieu, Choix d'édifices publics construits ou projetés en France depuis le commencement du XIXe siècle, lui consacre deux planches (vol. 2, pl. 93-94).

L'hôtel de ville de Quimper dans Choix d'édifices..., 1834
L’édifice s’organise autour d’une cour intérieure ; le visiteur y accède depuis une porte cochère ouverte dans la travée centrale de la façade sud, ou depuis une entrée de service située au nord. L’architecte a placé les services les plus fréquentés par la population du côté de la place de la cathédrale, au sud : au rez-de-chaussée, le bureau du poids public, le commissariat de police, un corps de garde, deux violons ouvrant sur une courette ; à l’étage, la salle du conseil municipal, le cabinet du maire, le secrétariat et les bureaux. Un grand vestibule à portiques, ouvert sur la cour, permet de faire la liaison entre les services et de servir en même temps d’antichambre. Dans le même axe, à l’opposé, un vestibule identique sert de salle des pas-perdus au prétoire de la justice de paix ; le bureau du juge, placé en appentis, ouvre sur une petite cour intérieure et sur la rue postérieure de l’hôtel de ville. Entre ces deux espaces, l’architecte a logé les écuries, les hangars et les magasins de bois, de même que la remise des « pompes et sceaux à incendie » ; on imagine aisément la cour encombrée de voitures, de chevaux et de postillons. Le premier étage des ailes latérales et du prétoire est réservé aux salles de la bibliothèque, au cabinet du bibliothécaire et à celui de physique et de minéralogie. Enfin, l’architecte a disposé dans l’attique les appartements du secrétaire de mairie et du président de la cour d’assises. En façade prédomine le langage néo-classique : un avant-corps à trois travées et son portail légèrement en saillie, surmonté d’une rambarde pleine et d’une baie à fronton, atténuent un peu la sévérité de la composition. 

Manifestement, Jean-Marie Lemarié, en concevant l’hôtel de ville selon le principe palatial, a retenu la leçon de Jean-Nicolas-Louis Durand (1760-1834), donnée dans son Précis des leçons d’architecture : « Un palais est un édifice destiné d’une part à loger un prince, et de l’autre à recevoir les personnes qui viennent lui demander des audiences publiques ou particulières. Ces audiences ne pouvant être données à tout le monde à la fois, et ceux qui les demandent méritant de la considération, il faut, outre les appartements […], faire entrer dans sa composition des portiques, des vestibules, des galeries, des salles dans lesquelles chacun puisse en toute saison attendre commodément et dignement le moment d’être admis à son tour aux audiences du prince : telles sont les convenances principales d’un palais. On voit que la magnificence doit résulter naturellement de la disposition de ce genre d’édifice ». A Quimper, le maire a remplacé le prince, mais la distribution des services administratifs correspond de fait à l’idée de convenance qu’induisent les rapports entre le premier magistrat de la ville, les autorités civiles, militaires et religieuses du département, et les notables locaux.

L'hôtel de ville de Laval, Mayenne (1826-1831)
On retrouve sensiblement la même préoccupation dans les autres réalisations présentées par Gourlier, Biet, Grillon et Tardieu : l’exemple le plus significatif est celui de Moulins. François Agnéty (1793-1845) y définit « un type complexe dont la cour intérieure, traitée en cortile à l’italienne, s’ouvrait d’un côté sur la grande façade d’après Vignole et de l’autre sur l’élévation austère d’un palais à la romaine » (F. Loyer, Histoire de l’architecture française, 1999, p. 90). En Mayenne, Alphonse-Henri de Gisors (1796-1866), à une échelle plus réduite, s’inspire presque littéralement de la villa Garzoni (Jacopo Vignole, v. 1540) pour l’hôtel de ville de Laval. Si le volume parallélépipédique, le grand avant-corps à arcades, les toitures à l’italienne accusent une récurrence dans l’adaptation néo-classique du genre, cette production est loin d’être dépourvue d’intérêt. En Ille-et-Vilaine, Louis Richelot (1786-1855) la décline avec charme et simplicité dans la sous-préfecture de Redon (1839) et dans les villas qu’il exécute sur le plateau du Thabor, à Rennes. Le style prend forme sur des principes généraux, puis se décline comme autant de terminaisons propres à l’art d’Andrea Palladio (1508-1580) : un volume simple et massif, sur lequel se démarque un avant-corps, marqué tantôt par un péristyle, tantôt par un fronton, tantôt encore par un attique ou une imposante lucarne. Les entrées, sur cour et sur jardin, sont monumentales, couvertes d’un arc en plein-cintre, souvent marquées de pilastres ou, dans le cas contraire, par le traitement particulier de la pierre. Lorsque le budget est à l’économie, c’est dans la simplicité de l’élévation et le traitement harmonieux des baies qu’excelle l’architecte ; les entablements, balustres, tablettes d’appui, garde-corps en fonte participent à compenser la volumétrie imposante de la maison. La distribution intérieure est celle d’une maison de maître.

Cette effervescence qui règne aux débuts de la monarchie de Juillet s’infléchit toutefois à mesure que l’historicisme triomphant s’impose dans la conception de l’architecture du pouvoir. Dès 1838, dans le nord du Finistère, la reconstruction de l’hôtel de ville de Morlaix par l’architecte et aquarelliste Alfred Guesdon (1808-1876), témoigne de cette évolution. Le glissement qui s’opère de l’épisode néo-classique à l’historicisme puis, bientôt, à l’éclectisme, n’est pas tout à fait étranger au renouvellement des architectes en poste dans les administrations publiques. Dans les dernières années de la monarchie de Juillet, les grandes figures de l’architecture régionale du premier quart du XIXe siècle se sont en effet retirées du métier, laissant la place à une nouvelle génération influencée par Henri Labrouste (1801-1875), Louis-Joseph Duc (1802-1879) ou Léon Vaudoyer (1803-1872).

L'hôtel de ville de Morlaix, Finistère (1836-1844)

Pour aller plus loin 
G. de Carne, « L’architecture néo-classique à Rennes à travers l’œuvre de Louis Richelot, 1786-1855 », Bulletin de la Société archéologique et historique d’Ille-et-Vilaine, t. 88, 1986, p. 91-102. 
P. Derrien, « Espace et architecture publique à Laval de l’Empire à la Restauration (1804-1830) », Revue 303, n° 12, trimestre 1987, p. 96-109. 
F. Loyer, Le siècle de l’Industrie, 1789-1914, Paris, S.P.A.D.E.M., 1983.

mardi 27 mars 2012

Projet de recherche 2012

Présentation

Docteur en histoire de l’art contemporain depuis 2011 et certifié maître de conférences en 2012 par le Conseil national des universités, mes recherches suivent deux axes principaux. Le premier traite de la relation entre le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage dans le processus de commande et de création artistique. Ce travail dépasse largement le cadre de l’histoire de l’art, et fait appel à une recherche interdisciplinaire, orientée vers l’histoire culturelle, sociale et juridique des différents corps professionnels étudiés et leur interaction avec les pouvoirs publics. Le second touche à la perception de l’architecture comme « territoire de signes », vecteur d’une identité propre à un territoire géographique, politique et culturel. Ma démarche consiste à distancer l’approche structuraliste communément admise pour ce type d’analyse, et d’entreprendre, sur la base du croisement des sources les plus larges possibles, une relecture de la sémantique architecturale.

Aussi, sans renier l’emprise hautement idéologique de l’architecture républicaine en France, je me suis intéressé plus largement pendant mon doctorat, à la constitution du socle commun des représentations du pouvoir en Bretagne, de l’État d’abord et du local ensuite, au travers des lieux significatifs que sont les édifices publics administratifs (préfectures, palais de justice et hôtels de ville). J’ai entrepris, à partir d’une collecte méthodique des sources d’archives, d’enquêtes sur le terrain et du croisement des itinéraires professionnels des architectes, une réévaluation de l’histoire de l’architecture civile régionale et des politiques d’équipement. L’objectif dépassant les limites de l’histoire de l’art, j’ai eu recours à l’histoire générale, politique et culturelle de la période contemporaine, mais aussi aux sciences politiques et administratives. Mes conclusions mettent en exergue la complexité d’abord des liens qui existent entre la commande publique d’architecture, les commis de l’État et les notables locaux ; les enjeux sous-jacents que recouvre ensuite la maîtrise d’ouvrage, tant du point de vue politique que social ; enfin, le rôle déterminant joué par les architectes régionaux dans l’acculturation des grands modèles nationaux dans le paysage culturel breton.

Épiniac, projet de mairie, 1858

Recherche et réalisations

Sur les encouragements des membres du jury de soutenance et de mon directeur de thèse, j’envisage une première publication de mon mémoire pour la période couvrant le XIXe siècle, partie revue et augmentée, aux Presses universitaires de Rennes, avec le soutien de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne et des Archives modernes d’architecture de Bretagne. En outre, les plans d’architectes recensés et numérisés en collaboration avec les archives départementales d’Ille-et-Vilaine (environ 300) doivent faire l’objet d’un transfert dans le progiciel documentaire « THOT ». J’ai également en projet de créer un répertoire en ligne des architectes ayant travaillé dans l’Ouest, du XVIIIe au XXe siècle (environ 100 notices biographiques), sur le modèle de celui réalisé sous la direction de Jean-Michel Leniaud pour les architectes diocésains français du XIXe siècle, ELEC.

Par ailleurs, je travaille sur un article consacré à la décoration intérieure des hôtels de ville construits en Bretagne entre 1880 et 1914, pour la revue Histoire de l’Art, en collaboration notamment avec le service de conservation du musée du château de Vitré. Plusieurs articles, destinés à des revues françaises reconnues internationalement, tels que les Cahiers de l’Institut d’histoire de la Révolution française et la Revue d’histoire moderne et contemporaine, aborderont encore des questions historiques, comme la dévolution des biens nationaux aux administrations révolutionnaires puis impériales, entre 1789 et 1815, ou la commande publique de l’État dans les départements de l’Ouest français dans le premier quart du XIXe siècle. Je suis également en attente de la publication de deux articles d’actes de colloques, qui devraient sortir au printemps 2012. Enfin, l’Association pour la recherche et la sauvegarde des sites archéologiques du Trégor m’a invité à contribuer à son bulletin annuel par un article consacré à l’hôtel de ville de Lannion.

Actuellement en séjour d’étude dans le cadre d’une Expérience Internationale au Canada, financée sur mes fonds propres, mes recherches sur l’architecture canadienne et son histoire s’inscrivent naturellement dans la continuité de mes travaux précédents. Reprenant les études conduites dans les années quatre-vingt sur l’architecture civile édilitaire par la Communauté urbaine de Montréal (1981) et Environnement Canada (1987), je m’intéresse particulièrement à la manière dont les pouvoirs publics ont bâti, puis transmis ce capital immobilier depuis le XIXe siècle. J'ai ainsi mis à jour des analogies évidentes dans les systèmes de production de modèles, de commande et d’appropriation des édifices, entre le Québec, l’Ontario et la France. J'envisage d'exposer une partie de mes résultats préliminaires lors des débats qui se tiendront pendant la Huitième rencontre internationale des jeunes chercheurs en patrimoine, du 27 au 29 septembre prochain à l’Université du Québec À Montréal.

Montréal, l'hôtel de ville, 1878

Programme d’enseignement et de recherche

Bien que ne comptant pas à mon actif une solide activité d’enseignement dans le degré universitaire, j’appréhende sereinement les contraintes liées au programme offert par l’Université de Bretagne Occidentale pour les niveaux licence et master. Outre de sérieuses connaissances en histoire de l’art, de l’architecture et du patrimoine, j’ai complété, avant de suivre un cursus universitaire, une formation professionnelle spécialisée dans la gestion des clientèles de loisirs (BTS), puis des publics français et étrangers pour les organisations culturelles (Licence). En 2005, j’ai réussi le concours de guide-conférencier des villes et pays d’art et d’histoire, organisé par le ministère de la culture et la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, à Quimper. Avant d’entreprendre mon doctorat, en qualité d’allocataire de recherche, j’ai travaillé comme aide-enseignant pendant deux ans pour le premier cycle des études du second degré, et j’ai réalisé des vacations saisonnières comme guide-interprète aux Château et remparts de la Cité de Carcassonne, ainsi qu’au Domaine national de Chambord. Je garde donc une facilité à m’exprimer en public, un esprit de synthèse et une bonne connaissance des principaux outils pédagogiques me permettant de réussir une cession de cours.

L’aire temporelle de mes recherches ayant couvert les XVIIIe, XIXe et XXe siècles, il m’est également possible de structurer des enseignements portant sur cette même période chronologique, dans le cadre fixé par l’équipe pédagogique. Bien que ma thèse ait porté sur l’architecture régionale, la démarche comparatiste que j’ai mené a nécessité une culture historique et artistique élargie aux contextes français et européen. Cet effort, souligné dans le rapport de soutenance, me permet d’aborder l’art contemporain sous son acception la plus formelle, c’est-à-dire par le biais des principales disciplines (architecture, peinture, sculpture, arts décoratifs, urbanisme...) et des grands mouvements ayant marqué la production artistique depuis la fin du XVIIIe siècle. L’objectif étant, in fine, d’appréhender les œuvres comme des signifiants d’un moment donné de l’histoire humaine, d’en comprendre leurs dimensions et concepts, et de les lier à la construction identitaire des individus et des groupes.

C’est donc logiquement dans cet axe majeur que s’inscrit la continuité de mes recherches. Mes nombreux sondages dans les dépôts d’archives montrent que le système de production d’une architecture civile, essentiellement publique, demeure dans les régions encore largement méconnu, alors même que les circuits de commande et les véhicules de diffusion sont bien identifiés. Ma thèse a tenté de démontrer que les départements de l’Ouest n’ont pas seulement assimilé les normes de la bonne architecture, ils ont aussi produit une acculturation des grands modèles nationaux, à des degrés et selon des critères variables. Les services départementaux d’architecture, souvent occultés par le corps mieux étudié des architectes diocésains, montrent ainsi, par-delà les contraintes administratives et financières, une capacité à répondre aux besoins des populations par des programmes originaux d’une grande qualité pratique, et ce, en dépit d’une formation des architectes nivelée par l’Académie. Les recherches dans ce domaine sont appelées à de nombreux prolongements et participent, par leurs ramifications avec l’histoire culturelle régionale, à réécrire l’histoire contemporaine de l’architecture et des idées.

dimanche 26 février 2012

La mairie-halle de la Guerche-de-Bretagne

Poursuivons notre série consacrée aux mairies bretonnes. Parmi les typologies peu courantes en Bretagne, je vous propose de découvrir la halle-mairie de La Guerche-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. Le 4 avril 1837, l’architecte Pointeau de Rennes dresse les conditions générales et le cahier des charges des travaux de construction. La dépense est alors évaluée à 22 885,61 francs, honoraires de l’architecte compris (calculé au un vingtième). Après approbation préfectorale du 23 décembre, les travaux de construction sont finalement adjugés le 15 février 1838 à Jean Nouteau fils pour la somme de 23 054,88 francs. Le 3 octobre 1839, la réception et le décompte général du métré montrent un surplus de dépenses, portant la somme totale des travaux à 34 530,37 francs.

La Guerche, projet de halle et de mairie, 1830
Les mairies-halles ne sont pas très nombreuses en Bretagne, puisqu'on ne compte qu’une vingtaine d’édifices qui ont été effectivement construits sur l’ensemble des quatre départements au siècle dernier. D’ailleurs, il faut noter que, pour la plupart, ces édifices remplacent d’autres plus anciens. Ainsi, les halles de La Guerche-de-Bretagne sont construites à l'emplacement du bâtiment dit l’auditoire. Les matériaux récupérés de sa démolition sont réemployés dans la nouvelle construction, "c’est-à-dire ceux qui ne seront pas salpêtrés et qui seront jugés bons par l’architecte chargé de la direction des travaux". De plus, charge à l'entrepreneur de prendre "toutes les précautions nécessaires et que l’art requiert pour qu’il n’arrive aucun accident", à défaut de quoi il serait jugé responsable "à ses risques et périls".

La maçonnerie du nouveau bâtiment est en moellon et brique pour les tuyaux et jambages de cheminées ; les chambranles, corniches et plinthes sont en briques recouvertes de plâtre ; les murs sont enduits à l’extérieur de deux couches de chaux, sable, foin et bourre, à l’intérieur de terre fumée prise en blanc de bourre ; il n’y a de granit que sur la façade donnant sur la place du marché, les deux pignons et les arcades ; la maçonnerie du rez-de-chaussée entre le granit est seulement enduite de poussière de granit.

Saint-Brice-en-Coglès, mairie, halle et justice de paix, 1853
Les mairies-halles témoignent des préoccupations économiques de tout ou partie des populations locales. L’importance donnée au volume du bâtiment participe à confirmer le chef-lieu de canton dans sa position de pôle commercial stratégique : à Plélan-le-Grand (1843), par exemple, la halle s’étire sur trois vaisseaux ! Dans les Côtes-du-Nord, en 1843, la halle de Jugon est portée sur une longueur de 16 mètres sur 12 de large, supportée par vingt poteaux de bois. On envisage même de l’étendre plus tard à 24 mètres. Le bâtiment reprend le développement de la halle-auditoire d’Ancien Régime : le rez-de-chaussée à arcades est laissé à la disposition des foires et marchés ; l’étage est réservé à l’administration. Les mansardes permettent encore de stocker le matériel municipal. Parfois, un lanternon vient couronner le tout, comme à Saint-Germain-sur-Ille (1841). Les architectes utilisent la maçonnerie de moellon local ou le pisé, le bois étant définitivement exclu de ce type de construction, à l’exception des charpentes. Le granit, pour sa solidité, est réservé aux chaînages, bandeaux, linteaux et seuils des ouvertures. Mais lorsqu’elles peuvent se le permettre, les municipalités n’hésitent pas à en recouvrir l'intégralité des murs de façade, comme à Saint-Brice-en-Coglès (1853).

Si les services municipaux s'accommodent volontiers du voisinage des halles, l’association de l’école communale est, cependant, très vite combattue par les inspecteurs académiques. En 1853, dans le Finistère, l’inspecteur primaire de l’arrondissement de Morlaix dénonce l’installation de l’école au-dessus de la halle de Guerlesquin : "Le silence et le recueillement nécessaires à l’instituteur pour bien remplir ses devoirs et aux élèves pour profiter avec succès des leçons du maître, doivent faire désirer autant que possible qu’une maison d’école ne soit pas placée au-dessus d’une halle comme le comporte le projet actuel adopté par le conseil municipal de Guerlesquin."(AD.29/2/O/504) Sur un autre registre, judiciaire celui-ci, les magistrats remontrent également aux autorités départementales l’inadéquation des activités judiciaires avec le voisinage des halles et marchés, comme à Lannion, où le tribunal civil loge au-dessus de la halle à blé. Après le Second Empire, les architectes limitent l’affectation subsidiaire de la halle au service de la mairie, ainsi qu’au local destiné au matériel vicinal et aux pompes à incendie (Piré-sur-Seiche et Le Grand Fougeray, 1871 ; Liffré, 1890 ; Pleurtuit, 1901).


Saint-Germain-sur-Ille, mairie, école et halle, 1841
Ce qu’il convient de retenir de ces premières contributions à l’architecture municipale est la place purement secondaire que les pouvoirs publics lui attribuent encore. Son association autant avec le service scolaire qu’avec un service marchand ne la place en aucune façon dans une position centrale ; le plus souvent, elle est reléguée au premier étage et voisine avec le logement de l’instituteur. Si cette proximité ne gêne par la mairie, le temps viendra bientôt où les rivalités avec l’instituteur rendront cette disposition inconfortable. D’autant que dans les chefs-lieux de canton, il est courant que le bâtiment soit destiné en plus au service de la justice de paix. D’autres fois encore, c’est le violon municipal qu’on installe au rez-de-chaussée, près du prétoire comme à Pléneuf-Val-André en 1835. On imagine aisément ce que la promiscuité de ces divers services, réduits à cohabiter, a pu engendrer de nuisances et de conflits, surtout lorsque l’un ou l’autre des services a été conduit à s’agrandir. Nécessairement, ce premier modèle de maison commune n’était pas destiné à perdurer.

mercredi 22 février 2012

Qualification aux fonctions de maître de conférences, campagne 2012

Les résultats à la qualification sont officiellement publiés depuis aujourd'hui. Ma candidature au corps des maîtres de conférences pour la section 22 du Conseil national des universités, spécialisée dans l'histoire des mondes modernes, l'histoire du monde contemporain, de l'art et de la musique a été acceptée.

Rapporteurs :
  • prof. Marianne Grivel, Université Paris Sorbonne - Paris IV
  • prof. Alexandre Gady, Université de Nantes