A l'issue de la présentation du
Nouveau Chapitre de la Thèse, qui s'est tenue lors de la troisième édition du
Forum Docteurs et Entreprises, à Rennes 1, le 18 juin dernier, je vous propose de revenir sur le contenu de la démarche. Quoiqu'un peu formel, cet exercice a le mérite de synthétiser le cadre dense et les enjeux complexes de la thèse, tout en posant la question de la conduite technique et matérielle du projet doctoral. Du reste, il fait le point sur les perspectives de poursuite de carrière offertes au jeune docteur, une fois la thèse soutenue.
Présentation de la thèse

Dans notre vie quotidienne comme dans nos rapports professionnels, nous sommes invités à entretenir une relation étroite avec l’autorité publique. En tant que citoyen, nos droits civils et politiques nous conduisent à participer au débat démocratique, lors des élections, à nous prémunir des atteintes faîtes à nos libertés fondamentales, devant la Justice. En outre, nous sommes amenés à franchir le seuil de nos institutions pour des formalités parfois banales (carte nationale d’identité, passeport, permis de conduire, etc.), souvent marquantes (déclaration de naissance, de décès, mariage, etc.). Même si à l’ère du numérique nous pouvons traiter certaines de ces formalités à distance, notre environnement social et culturel reste marqué par ces rapports au Pouvoir. Les édifices qui le symbolisent cristallisent les inquiétudes sociales, notamment à l’occasion des manifestations : le saccage de la sous-préfecture Compiègne (Oise) en avril 2009 par des salariés de l’usine Continental de Clairvoix, en est un exemple. Au contraire, ils peuvent engendrer le sentiment d’appartenance culturelle : l’incendie du Parlement de Bretagne, actuelle Cour d’Appel de Rennes, a suscité une prise de conscience inédite. En bref, les sièges du pouvoir national et local fixent notre perception de l’autorité, de la société et de nos rapports avec la communauté.
A partir de l’image puissante qu’elle dégage, l’architecture du Pouvoir pose la question de son identité : peut-on, à partir d’un autre point de vue, la concevoir autrement que sous l’angle politique et social ? Parce qu’elle détermine l’ensemble des actes de la vie civique, l’architecture du Pouvoir peut-être assimilée au réservoir de la mémoire commune d’un lieu, d’un territoire, d’une nation. A ce titre, peut-on la reconnaître comme patrimoine ? Et, si tel est le cas, les techniques traditionnelles de classification des objets patrimoniaux sont-elles adaptées à ce type d’architecture, ou nécessitent-elles la prise en compte d’autres facteurs ? En outre, notre perception du Pouvoir dépend de modèles types, qui génèrent un ensemble de schémas architecturaux absorbés par notre pratique du Pouvoir. Afin de mieux en comprendre les mécanismes, il implique de les déterminer, d’en étudier l’évolution et la manière dont ils sont véhiculés.
Avant de lancer l’étude d’une telle envergure, il convient d’en dégager le sens et, surtout, les enjeux. Je propose ainsi de dissocier l’architecture publique par son importance, son histoire et son usage :
- En premier lieu, l’architecture civile et plus particulièrement, celle du Pouvoir, constitue un patrimoine foncier considérable : en se basant seulement sur les communes des quatre départements bretons, on compte 1 269 mairies, pour près de 3,1 millions d’habitants. Ainsi, ces objets du patrimoine se placent à la même échelle que les monuments historiques, les musées ou les grands sites touristiques nationaux, du point de vue de leur nombre.
- En second lieu, puisque les institutions que nous connaissons aujourd’hui en France sont issues de la Révolution française, l’architecture des édifices construits pour accueillir les administrations dessine près de deux siècles d’histoire. Cette longévité représente, du point de vue de l’histoire de l’art, un panorama remarquable de la production et de la création artistique récente.
- En troisième et dernier lieu, l’originalité de ce type d’architecture réside dans sa constante transformation, à mesure que la société évolue. Les besoins de l’administration moderne conditionnent les normes de construction, d’occupation des espaces de travail, d’accueil des publics. Son usage est le reflet de la vitalité de la société civile.
L’étude d’un type d’architecture non-conçu à des fins religieuse (Abbaye du Mont-Saint-Michel, enclos paroissiaux du Finistère), militaires (châteaux-forts, Vauban), politique (Versailles, châteaux de la Loire) ou économico-industrielle (Canal du Midi, Forges d’Hennebont), mais à des fins sociales et collectives, mérite ainsi de changer notre façon de voir le patrimoine. Mal ou trop peu connue, l’histoire municipale est souvent délaissée au profit des grands évènements nationaux. D’ailleurs, le même constat peut être dressé pour l’histoire macro-économique, sociale et artistique à l’échelle des territoires. Alors qu’à partir d’un édifice commun, il existe des combinaisons variées et des compositions architecturales relevant des pratiques locales, étudier une architecture qui se veut d’abord universelle, mais qui en même temps se décline de façon originale, revient finalement à relire les cartes traditionnelles. Ce décodage incite à élaborer de nouvelles grilles de lecture, une prise en compte des données non plus généralistes, mais bien distinctives et discriminantes.
A suivre...
- Enjeux scientifiques, aspects matériels et techniques
- Poursuite de carrière